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Numérique public : un écosystème qui se redessine progressivement

L’œil de l'expert !

L’écosystème des prestataires de logiciels et services numériques destinés au secteur public connait depuis ces 5 dernières années des recompositions, plus particulièrement parmi les éditeurs. Alors que le secteur public renforce ses exigences en termes de performances, de maitrise des coûts et de souveraineté, ces acteurs s’organisent pour répondre aux spécificités du secteur public et consolider leur position sur ce marché.

Un marché public numérique résilient et en croissance

En 2024, le marché des logiciels et services numériques du secteur public représentait 8,7 milliards d’euros, et devrait franchir 9 milliards d’ici 2026. Malgré les tensions budgétaires qui fragilisent le secteur public depuis 2024, les projets numériques restent globalement préservés, car considérés comme un levier d’efficacité à moyen et long terme. Cette dynamique s’explique par l’accélération des priorités des administrations :

  • Automatisation des processus métiers des agents,
  • Agilité des infrastructures,
  • Cybersécurité, condition indispensable de la confiance,
  • Numérique responsable pour l’inclusion et la sobriété.

Ces projets variés font appel à une diversité d’acteurs (éditeurs, entreprises de services du numériques, cloud providers, hébergeurs…), une diversité d’offres (solutions métiers, souveraines, open source, on premise ou SaaS…) et des circuits d’achats variés (appels d’offres, centrales d’achats…).

Pour les prestataires, l’enjeu est clair : prouver leur compréhension fine des contraintes publiques (enjeux de sécurité, d’interopérabilité, réglementations…) et adopter une logique de partenariat durable. 

Une vague de restructurations portée par les fonds d’investissement

Depuis trois ans, les opérations de private equity et de carve-out se multiplient, redessinant le paysage des éditeurs dédiés au secteur public. Les fonds ciblent surtout des acteurs matures, avec une base bien installée :

  • Ciril Group ouvre son capital au fonds américain Carlyle et illustre l’intérêt croissant des fonds internationaux pour des éditeurs français fortement ancrés dans les processus publics.
  • Inetum Software devient Nexpublica : séparée du groupe Inetum, la nouvelle entité recentre ses forces sur l’activité logicielle pour gagner en agilité, disposer de sa propre stratégie d’acquisitions (notamment l’éditeur de la relation usager, Lanteas en 2025) et s’adapter ainsi au marché spécifique de l’édition logicielle pour les organisations publiques.
  • Eksaé poursuit sa route en acteur 100 % français : détachée de Cegid, la société bénéficie d’un actionnariat national (BPI, BNP Développement, Azulis), afin de répondre plus précisément aux attentes des collectivités.
  • JVS accélère avec CAPZA et Bpifrance : l’éditeur entend accélérer sa croissance par l’enrichissement de son offre de services et par une stratégie de croissance externe.
  • HorizonH s’empare d’Edicia : une opération différente des précédentes qui met en valeur une autre tendance, à savoir l’intérêt pour les niches métier à forte valeur ajoutée, ici la sécurité publique.

Passer le relais et créer des synergies

Les acteurs majoritaires du marché des logiciels pour le secteur public ont une présence historique sur ce marché avec des offres confortablement installées depuis plusieurs décennies. Un nouvel élan se fait ressentir avec un passage de relais à une nouvelle génération de dirigeants d’éditeurs publics, favorisant des cessions ou des recompositions capitalistiques.

En parallèle, le marché du secteur public rassure les investisseurs car il est perçu comme relativement cyclique (contrats au long court et récurrents) avec des dépenses maitrisées mais relativement stables.

Les fonds d’investissement qui entrent au capital des éditeurs du secteur public leur apportent des ressources financières et méthodologiques pour améliorer leur rentabilité. En outre, la transition vers le SaaS confortent la récurrence des revenus. L’incitation à des acquisitions ciblées permet aussi d’élargir l’offre et de renforcer la position sur ce marché. Ces facteurs d’accélération de croissance créent des prestataires avec des plateformes logicielles plus complètes et plus conformes aux exigences du service public (interopérabilité, conformité réglementaire, sécurité…), la barre étant de plus en plus haute pour s’adapter à ce secteur. Les acteurs spécialisés du secteur public deviennent à ce titre des cibles de consolidation, car ils maîtrisent déjà ces contraintes.

Un paradoxe : souveraineté numérique et capital non-européen

Tandis que les fonds américains s’intéressent aux éditeurs de la sphère publique française, certaines administrations renforcent simultanément leurs exigences de souveraineté et de maîtrise des données en choisissant des solutions françaises ou européennes. Parmi des projets ou actions récentes en lien avec une meilleure maitrise des outils numériques :

  • Développement interne par l’État de LaSuite (services collaboratifs de visio, messagerie instantanée, partage de fichiers…),
  • Adoption par la Ville de Lyon d’une suite collaborative open source,
  • L’initiative Tie Break de France Urbaine et Intercommunalités de France en avril 2025, en faveur d’une trajectoire d’indépendance numérique européenne.

Si la souveraineté ne se résume pas à l’origine du capital, les éditeurs devront se confronter à cette tendance en rassurant sur leur forte expertise métier et en leur capacité à garantir l’intégrité et la sécurité des données publiques.

Aurélie Courtaudon 3-1

 


Aurélie Courtaudon,

Practice Leader - Secteur Public & Santé

 

 

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